Équinoxe, La renaissance débute ici ...
 
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 Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires

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MessageSujet: Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires   Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires Icon_minitimeJeu 3 Fév - 20:36

[HRP] Supression de la majorité des termes scientifiques, racourcissement des phrases que je jugeais trop longues. Si le RP semble encore trop lourd, merci de me Mp, je ferai les modifications adéquates.

J'ai rédigé ce RP comme préambule avant celui des huits commandements. Il se déroulera sur huit nuits. Au terme des huit nuits, je posterai le RP des huits commandements.

Premiere apparition du Démon, afin de montrer qu'il etait déjà present avant que Veñor ne l'invoque. Au travers de ces huits cauchemars, un élément sera à chaque mis en avant. Il se presentera sous forme de carte dans les mains du Demon. Les huits éléments auront un lien commun et déterminant dans le Rp des commandements. Je ne sais pas encore si Veñor le découvrira ou non, je reste indécis.


Voilà pour les explications, place au récit maintenant.
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Premier Cauchemar.
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Lorsque Veñor reprit connaissance, la première chose qui s’imposa à lui fut l’effroyable intensité de ses maux de tête. En émergeant de cette onde paisible et douce – la torpeur ? la pâmoison ? – la douleur lui vrilla le crâne avec une virulence rare. Les paupières mi-closes, il se pétrifia comme extirpé d’un profond sommeil par une vision cauchemardesque. Lourde, lancinante, cette migraine avait quelque chose d’inhabituel dans sa force et sa nature, presque effrayante, animale.

La nausée le prit ensuite, sans ménagement. Il sentait sa langue épaissie, pâteuse, prodrome indiscutable de maux de cœur qu’il ne parviendrait sans doute pas à juguler. Son estomac se tordait. Les crampes dans son abdomen le serraient jusque dans la gorge par une conduction aveugle et hasardeuse de la douleur. Il avait l’horrible sensation d’avoir la gorge emplie d’une cire chaude prête à s’épandre au premier de ses mouvements.

La seconde chose que remarqua Veñor, fut sa paralysie. Dans un réflexe protecteur, il tenta de porter ses mains à son front, à ses yeux, afin de desserrer l’étau d’acier figé sur ses tempes et d’abriter son regard de cette lumière qui lui brûlait les prunelles. Mais ses efforts furent vains : ses bras demeurèrent le plus parfaitement du monde immobile à ses côtés, comme étrangers à sa personne ou entravés si étroitement qu’aucun soubresaut ne leur était possible. Immédiatement, le temps d’une pensée, il réalisa que ce n’était pas une entrave qui l’empêchait de mouvoir ses bras ainsi que le reste de tout son corps, mais bien une incapacité à contracter volontairement le moindre de ses muscles. À partir de l’angle de ses mâchoires jusqu’au bout de ses orteils, aucune parcelle de chair ne paraissait encore totalement lui appartenir. Pas une sensation ne lui en parvenait. Pas un mouvement ne lui semblait possible.

Ces constatations inquiétantes ne s’arrêtèrent malheureusement pas là. Car, venant se surajouter à ses maux de tête et à sa parfaite catalepsie, Veñor réalisa alors qu’il avait perdu l’usage de la parole. Les muscles de sa face semblaient toujours pourvus d’une mobilité volontaire, ses paupières clignant, ses lèvres et sa langue se mouvant pour tenter de profiter de la moindre goutte de salive pour s’humecter, mais hormis quelques gargouillis à peine audibles et des râles faisant plus penser à des ronflements qu’à des gémissements, il ne parvenait à émettre aucun son construit et analysable.

Il ne fallut à Veñor que quelques secondes pour assimiler ces informations ô combien péjoratives. Et après l’affliction de ces constatations, ce fut au tour d’une incompréhension ourlée de peur de le submerger. Encore en dehors de toute faculté à être raisonné, un sentiment oppressant de mort lui coupa le souffle, emballant douloureusement son cœur et lui faisant écarquiller les yeux sous ce soleil de plomb qui le toisait, cyclopéen, terrible. Sans mots, en amont de tout langage, il se sentit agonisant, abandonné, perdu, torturé, meurtri, seul, seul, parce que l’on est toujours seul face à la mort ou face à la peur.

Cet état de panique le martyrisa de longues secondes avant qu’il ne parvienne à faire sortir du tumulte de son esprit quelque pensée articulée capable d’endiguer ses angoisses, de les soumettre. « Qu’est-ce qui m’arrive ? » furent les premières syllabes qu’il parvint à formuler et l’effort qu’il fit pour tenter d’y trouver une réponse lui permit non pas de terrasser totalement la peur, mais au moins de reprendre pied et de se sortir, même partiellement, du désarroi dans lequel il allait sombrer.

Pour l’heure, Veñor tentait de se hisser à une certaine compréhension du mal qui le frappait et le clouait au sol sous ce soleil infernal. Avec son calme quelque peu restauré et en dépit de ses facultés ô combien amputées, il s’appliquait à sonder son environnement proche à la recherche d’explications, de secours, de réconforts. Malheureusement, les trop rares données qu’il pouvait collecter ne lui laissaient entrevoir pour l’instant qu’un tableau fort peu engageant. Il était allongé sur le dos, comme figé dans le marbre, sa tête ne pouvant s’incliner ni à droite ni à gauche afin d’entrevoir autre chose que ce ciel d’un bleu profond et vierge de tout nuage. Il ne sentait plus son corps. Il ne voyait rien de ce qui se trouvait autour de lui. Bien peu de choses lui offraient une prise où se raccrocher, ancrer son morale en fuite. Il était comme dans une bulle ouatée, à la dérive dans des limbes austères.

Sous sa tête, il percevait un sol meuble d’une chaleur inquiétante pour qui savait ne pouvoir se soustraire à ses effets. « Du sable… Je suis étendu sur du sable à cinquante degrés sans pouvoir faire un geste, » pensa-t-il de plus en plus dépité et perplexe. Mais du reste du monde qui l’entourait, Veñor ne percevait rien, pas même un son, un bourdonnement pulsatile l’abandonnant dans un désert sensitif oppressant. Il percevait les battements de son cœur, le flux du sang dans ses artères. Mais il n’entendait rien à proprement parlé… Il éprouva la terrible désespérance de se savoir prisonnier de son propre corps.

Avec les minutes passant, s’étirant, se sommant jusqu’à devenir des heures, ses maux de tête et la peur qu’avaient suscités en lui sa paralysie et son aphasie cédèrent sous les affres plus pressantes de la mort, de la soif. Le soleil écrasait son corps sous une chaleur étouffante et lacérait ses chairs, brûlait ses tissus de ses rayons obliques et drus. Le calvaire de la soif rendait presque tolérables les nausées et la photophobie qui l’avaient dans un premier temps alarmé. Rien, personne, pas une ombre, pas un bruit, rien d’organique ne pouvait atténuer l’enfer minéral dans lequel il était emmuré vivant. Seul… Mais à bien y regarder, passait de temps à autre une silhouette lointaine et incertaine, infime pulsation dans l’azur immaculé, celle d’un grand oiseau planant si haut au-dessus de sa presque carcasse. « Un vautour ? » se dit-il. « Salaud ! Tu passes au bon moment pour t’octroyer les meilleurs morceaux. J’espère que tu ne viendras pas me becqueter avant que je ne sois … »

Parce qu’il n’espérait plus rien… initialement, son malaise et les signes de gravité d’allure « centrale » ne lui avaient déjà offert que bien peu d’espoir de recouvrer un jour ses facultés. Mais sa raison n’était pas parvenue totalement à se résigner à ses avertissements. Leur morbidité n’avait encore pris aucune dimension tangible. Pour preuve cette angoisse suffocante qui l’avait étreint tantôt. Sa peur panique de se voir si invalide, si souffrant, cachait en fait une aspiration, une raison de craindre, un espoir de s’en sortir, même mal. Mais le soleil, la chaleur, les brûlures, la soif, oui la soif surtout, ne lui laissaient maintenant plus aucune raison d’espérer, plus de possible, plus d’avenir. Sa fin était trop proche, ce désert trop vide, trop cruel. C’est cela le désert ! Non pas tant l’aridité, l’ensoleillement, mais bien la solitude. Le vide. Le néant à perte de vue, à perte de coeur. Des vagues de sable fin, des vagues à l’âme. Tous les déserts sont d’abord de gigantesques néants où l’homme perd sa place.

Et quand bien même son état de déshydratation et ses lésions cutanées lui laisseraient voir le coucher du soleil, il savait qu’à la touffeur infernale du jour succéderait le froid mortel et pénétrant de la nuit. De longues heures dans un froid glacial. Les engelures, l’hypothermie, l’alanguissement de ses forces vitales, le glissement progressif… Il n’avait plus peur puisqu’il n’avait plus rien à perdre. Tout avait déjà été perdu…

La soif, encore et toujours, obsédante. Boire. Étancher cette soif de fraîcheur, d’ombre, d’eau pure. Plus aucune autre considération ne parvenait à s’imposer à son esprit meurtri. Chacune de ses pensées tournait et ressassait en une intolérable digression cette idée fixe qui frisait la hantise. Sa résignation était immense, mais la douleur de son agonie était parvenue à lui faire espérer le pire : mourir au plus vite. En finir. Mettre un terme à son agonie. Des images d’Épinal sur les grands déserts de sable balayés par les vents, traversés de longues caravanes austères en quête d’oasis où planter leur bivouac, meublaient ses longs instants d’attente résolue. La vision de squelettes anonymes, abandonnés et blanchis, presque beaux, l’amusait. Ce serait bientôt ses propres ossements que les charognards se disputeraient. Mais ne plus souffrir, voilà tout ce qui le hantait. Mourir… Vite…

Mourir enfin…

Ses sens ne lui permettaient plus de maintenir un quelconque contact avec la réalité. Il sombrait peu à peu, son regard se perdant dans des visions que ne pouvaient percevoir ses yeux. Il glissa dans de vaporeuses bouffées délirantes liées à son insolation, sa fièvre. Le langage abandonna son esprit. Il ne pensa plus qu’en éblouissements, en obscurités, en vertiges… Puis il ne pensa plus.

Longtemps encore le silence. La torpeur du coma. Le vide d’espaces insondables…

Puis il ne souffrit plus…
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Et je me réveillais en sursaut, couvert de sueur, agité de tremblements. Je me débattis un instant avant de libérer ma jambe de l’étreinte du drap, puis je m’assis, me raccrochant au mur et à la tête de lit. Mon cœur battait la chamade, ma respiration était sifflante et j’avais encore des sueurs glacées dans le dos. La terreur se délogea lentement de mes entrailles et des larmes de soulagement roulèrent en silence sur mes joues. De peur. De fatigue. Tout. Rien.
Les pleurs s’arrêtèrent quand je m’assoupis de nouveau, la tête appuyée contre le mur, dans un sommeil cette fois sans rêve.
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Assis sur un trône de bois brûlé, un Démon mélangeait un paquet de cartes.


"Des huits cauchemars voici le premier. Des huits cauchemars tu y trouveras sept fois la mort. Du dernier cauchemar, tu trouveras la voie vers les huit commandements."

Le Démon sorti une carte du jeu. Un Soleil. Chaud. Brulant. Mortel.
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MessageSujet: Re: Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires   Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires Icon_minitimeJeu 3 Fév - 20:38

[Hrp] Dans ce second cauchemar, j'ai opté pour un style assez dur à comprendre, raison pour laquelle j'ai dépeint en premier la partie où il vogue. À partir du moment où le rêve se transforme en cauchemar, les scènes se suivent sans queue ni tête, c'est ce que j'ai tenté de représenter. Un rêve bizarre et incompréhensible tout en étant lourd de sens.

Pour donner une certaine logique à cette incohérene, j'ai utilisé la peinture. Ce serait le démon qui ferait s'ensuivre les scènes en les peignant. Un style qui peut s'avèrer difficile à lire, mais j'ai pris du plaisir à l'écrire. Après tout, j'ai choisi l'univers du rêve, ou plutôt du cauchemar en l'occurence, pour avoir toute liberté d'écriture.

Pour finir, si certains passages vous semblent étranges, ils prendront tout leur sens lors du récit des huit commandements. Je prends l'exemple de l'enfant qui s'enfuit et des parents.

Bonne lecture.
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Second cauchemar
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Le clapot des vagues caresse l’étrave de ma modeste embarcation. Au cœur insondable de la nuit, sans repère, perdu, je vogue. Je vogue paisiblement au rythme de mes avirons qui frappent l’onde noire, crasseuse. Je suis comme isolé dans cet infini de ténèbres, coupé visuellement des amers rassurants qui guident le navigateur. Dans l’obscurité fangeuse, aube primaire aux nuances de début du monde, seuls quelques pâles falots éclairent la nuit de loin en loin, moribondes étoiles n’indiquant plus aucune route aux marins égarés, mais scintillant au contraire du crépitement de ces pauvres hères venus brûler leurs ailes et leur santé au fond de quelques caboulots et de verres d’absinthe frelatée.

La modeste barque ballottée par le mouvement lent des eaux de l’océan, tire ses bords incertains dans ce théâtre trop grand et trop laid pour son insouciance. Porté presque contre mon gré, poussé, placé là par une main plus grande que ce que mon regard ne saurait embrasser, je contemple, béant, la splendeur ténue de ce paysage sans la moindre bariolure. Ce long paysage délavé, industriel, où la grisaille olivâtre des aubes laborieuses côtoie l’opalescence d’une eau fourbue d’avoir tant hâler de lourds esquifs remplis d’indicibles senteurs.

Lorsque soudain, la moirure uniforme et terreuse se déchire, cédant et se dispersant sous les traits aiguisés d’un gigantesque soleil. Agathe incandescente, sorbe trop mûre prête à rompre sa gangue, l’astre mythique pointe son œil ensanglanté dans nos cieux trop vides et y sème alors la fraiche clarté d’une peinture encore mouillée, tout juste posée. Sa douceur purpurine amollit ma raideur hiératique, voluptueuse tiédeur qui réconforte et qui apaise. A la proue du bateau, s’étire son reflet imprécis et sanglant sur les flots cendrés pareils à un mercure immobile. Beau et grand œil rougeâtre dardant tes rayons encore obliques, prend bien soin de nos pénibles existences, réchauffe-nous, embrase-nous et porte nos silhouettes brisées jusqu’aux austères appontements où nulles femmes, nuls enfants ne nous attendent, rien d’autre que la promesse de lendemains meilleurs.

Inquiet, je sonde la prunelle de ce vaste globe igné, terrible œil du géant Polyphème, blessé, bafoué par la malice des hommes, scrutant les horizons aveugles en quête d’une vengeance inaccessible. Tout autour de moi, le port se cristallise, prend vie et texture. Je suis esseulé dans les derniers pans de cette brume venue se déchirer sur la proue des lourds vaisseaux. Je perçois, en dépitde cette apparente solitude, la pression d’une attention supérieure qui m’englobe dans ce panorama aux couleurs d’ardoise. Une présence divine, une mise en abîme édifiante plane et règne sur mon destin, perception que plus rien ne m’appartient, plus rien n’est réel. Je scrute ce soleil levant qui n’est plus à présent qu’une perception, qu’une impression de soleil levant, grand aplat de pigments fauves, riche carnation, subtile incarnation…

Ou suis-je?



Un coucher de soleil moribond. Le crépuscule, à la tiédeur fade et poussiéreuse, abandonne le creuset du vallon aux âpres morsures des risées. De la grève monte une plainte langoureuse, le délicat froissement de la mer sur le sable. Les vagues viennent y déposer leurs bouquets d’écume. Les montagnes dressent leur masse ocre au-dessus des flots. Je vogue à la vitesse d’un soupir sur les vignes rousses, porté par une force mystérieuse. Je vogue sur ce grand océan sans destination ni origine, génération spontanée d’un voyage étrange… étranger.



Je gravis les abruptes pentes des pics d'Astaegan, porté par un élan incoercible et dangereux, effleurant les roches et les futaies. Neige, montagne, cieux, soleil, tous les éléments se distillent avec la suavité d’un vieux vin, goûteux et puissant.



Dans les ruelles de la ville, je gravis en une promenade distraite les marches menant jusqu’à un promontoire mystique. Une ruine moussue attend patiemment ma venue. La nuit est tombée à présent. Les exhalaisons qui sourdent des maisonnées encore tièdes me montent à la tête.



Une chouette, perchée au faite des méandres de pierres de cette vieille église en ruine, hulule tristement en mémoire des défunts. Les confins de la mort n’ont pas de secret pour ses yeux perçants, à la fixité cadavérique. Je frémis seul dans la nuit en discernant la silhouette astrale de l’oiseau trônant sur les arcanes. J’entends des voix qui grondent depuis une impasse plongée dans l’obscurité. Un enfant pleure… Des cris et des bruits sourds lui répondent.



Le tumulte des cigales vrille mes tympans. Le lac en contrebas du village dessine une moire opalescente. Je me promène lentement le long des berges abruptes et je vois passer, presque nu, accablé par la touffeur de midi, un enfant, seul. Ses pieds se blessent sur les arêtes vives de la sente. Les branchages déposent sur sa peau trop tendre le dessin d’éraflures vermeilles. Des voix l’appellent : Veñor ! Veñor ! Reviens ! Je crois qu’il fuit.



L’enfant est là. La douleur et la honte percent son fondement avec une violence animale. Les visages autour de lui se crispent. Les coups pleuvent. Le goût ferrugineux du sang envahit sa bouche.



La noirceur et le froid. Une excavation où il se terre, craintif, meurtri. De sous une porte, la lumière filtre. Il est assis à même le sol. Une serpillière est son seul vêtement.



Le visage de mon père. Je reconnais dans ses traits l’imprégnation de l’alcool qui déforme sa bouche et injecte ses yeux. Ma mère pleure. Elle est allongée sur le sol. Du sang constelle sa robe. Dans ma main, l’éclat d’un couteau sème les jalons d’une révolte mordante comme l’acier.

...

L'enfant lève une main. Dernier soubresaut d'une vie éphèmere.
Il meurt sous mes yeux, et avec lui je sens mon âme partir... Réduit à une forme eterée sans consistance: Je suis mort.

...



Je fûs réveillé par un hurlement. Mon hurlement. Encore un cauchemar ... Plus étrange que le précédent, plus profond.

"Mais que m'arrive-t'il?"
________________________

Assis sur un trône de bois brûlé, un Démon mit fin à sa peinture. Un jeune homme mort était représenté sur le dernier tableau.

Il piocha une carte dans ce mysterieux paquet qui ne le quittait jamais. Le sang. Écarlate. Douloureux.



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MessageSujet: Re: Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires   Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires Icon_minitimeJeu 3 Fév - 20:38

[HRP] Alors ... Pour ce troisième cauchemar, il y a pas mal de choses à expliquer. Lors de la première partie "rêveuse", Veñor se souvient d'une conversation qu'il a eue avec son père. Ce dernier lui explique son amour pour leur village. J'en ai profité pour vous décrire un peu le village, mais mon but était surtout de vous montrer à quel point il y était attaché. J'ai beaucoup joué sur la mer. Premierement car je l'avais toujours imaginé à proximité du village, et deuxièmement car ça m'a beaucoup inspiré.

Dans la seconde partie, le rêve vire au cauchemar. J'ai allege le style car ce n'est pas la précision que je cherchais dans cette partie, mais plutôt l'horreur de la chose. J'ai choisi deux éléments qui m'effrayent, je l'avoue. La cage à pointes avec le plafond qui descend. Et le lac gelé. Deux symboles qui font naitre la peur en moi, j'ai donc décidé de la faire vivre à Veñor. J'ai également inseré, entre certains paragraphes, le poème du démon. Veuillez m'excuser si la qualité est bien piètre, mais je ne suis pas poète. Et je cherchais plus à exprimer une idée plutôt que d'y mettre les formes. Encore une fois, la taille ou la complexité pourra en décourrager plus d'un, mais j'ai choisi cette complexité pour exprimer les rêves, et je compte la garder jusqu'au dernier. Quoi de mieux qu'un rêve pour jouer sur les variations?
Comme pour les deux précédents, merci de mp si jamais il y avait des passages incompris ou encore des erreurs dans mon textes. Orthographiques, Grammaticales, ou même lexicales.

Amitiés.

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Troisième Cauchemar.
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"Là.

Oui, ici. Ce sera bien.

Asseyons-nous à l’ombre de ce pin, sur cette pierre moussue.

Prenons un instant.

Chut. Écoute… Fais en toi le silence, et écoute…

Écoute le souffle léger du vent qui lave ce grand ciel et le livre plus bleu, plus profond. Écoute le froissement des frondaisons qui se balancent languissamment et laissent apercevoir en contrebas de cet observatoire privilégié où nous nous sommes installés la grande moire des eaux qui baignent ces côtes déchirées. Là, vois-tu cette clarté, ce chatoiement ? Une vaste flaque de lumière. C’est elle ! Notre mer, notre patrimoine !

Je suis venu de loin pour vivre sous ce bouillonnement de lumière, à l’abri des tonnelles dont l’ombre étanche le corps saoul, au plus fort de l’été, de soleil et de touffeur. Je suis venu de loin… Ainsi que d’autres avant moi. Et nous sommes tous venus nous mêler et nous fondre à ces populations d’hommes et de femmes qui ont vu le jour sur les rivages de cette mer intérieure, intime. Une mer de cœur. Celle-ci qui bat dans ma poitrine comme le ressac contre la roche aux arêtes effilées. Celle-ci qui me berce et m’apporte la certitude qu’un ailleurs est possible, celui de ces autres rives, de ces autres terres de soleil qui portent les semblables stigmates. Les morsures de la soif. Les plaies des vents trop vifs. La quintessence d’une densité, d’une concentration, comme cette sève épaisse qui nous colle les doigts et embaume nos cheveux. Je porte en moi un espoir Veñor. Et je suis devenu, au fil des années, un enfant de cette terre. Comme ton frère et toi.

Respire ! Respire à pleine gorge et hume ces fragrances musquées qui nous flattent. Les herbes et les fleurs sont comme recroquevillées sur elles-mêmes, plus riches en leurs seins de senteurs capiteuses qui se révèlent après qu’on en ait froissé la matière. Comme ces bruyères et maquis, sauvages, qui incarnent les âmes de ceux-là qui ont grandi à l’abri de ces secrets, peuplés de longues chansons à voix d’hommes que je ne comprends pas, mais qui savent parler d’autres mots qui ne s’entendent pas.

Regarde encore ces étals recouverts de neige où s’alanguissent, dans une torpeur mortifère, les perches, guppys, et autres poiscailles que ces hommes à la peau brunie par le soleil et la mer ont recueillis tôt ce matin au creux de leurs filets. Portons à nos lèvres avides ces cadeaux délicieux et arrosons notre repas de quelque vin frais. Goûtons les rondeurs sucrées des pommes ou des citrouilles, raisins et carottes qui se pressent sur ce plateau. Les sucs coulent sur nos mentons. C’est l’été qui s’est fait fruit. C’est l’été qui s’est fait terre. L’été, immuable et colérique été.

Le soleil nous verse chaque jour ses rayons obliques jusqu’à ce que, tout à coup, l’azur se déchire. Alors la nuit se fait partout. Alors l’air s’agite soudain. Les eaux recouvrent leur grande robe céruléenne d’un manteau de tristesse, sans reflet, sans autre éclat que celui de la menace. Les oiseaux se taisent, cherchent refuge. L’on affale les voiles, les amarres se tendent. Tout gémit et grince de terreur. Les volets claquent. Puis, les cataractes s’abattent. Des gouttes grosses comme des poings frappent aveuglément et ravagent en une furie les plantations et les massifs. Le tonnerre gronde. Les éclairs strient le ciel devenu d’ébène. L’on ne s’entend plus pleurer ni prier tant les masses d’eau fulminent. C’est un instant qui parfois dure toute une vie. Un air de fin du monde…Puis le silence se fait. La fraicheur ouatée d’une timide éclaircie revient sur la pointe des pieds. L’orage est passé. Le soleil, de nouveau, resplendit et fait luire comme du mercure les flaques que les sols n’ont pas bues. L’été revient. Éternel été…

J’ai porté un jour, il y a si longtemps de cela, un regard neuf sur tous ces trésors qui construisent aujourd’hui la grande fresque qu’est devenue ma vie. Mais les années n’ont point terni la flamme qui m’habite. Je suis toujours émerveillé lorsque le grand vent dresse la mer et la gifle en d’incroyables explosions d’embruns salés, quand le chant de la première cigale, dans l’aube naissante, égrène ses trilles et habite bientôt la chaleur lourde, immobile. Émerveillé lorsque j’entends au loin tinter les clochettes suspendues aux barbiches des chèvres qui cabriolent, sans autre horizon que cette immensité d’air pur comme un cristal. Je pars avec elle et je me souviens… Je me souviens des heures que je passais à écouter les mots des Sages qui créaient en moi le ferment de cette renaissance. Lorsque des livres, je humais les odeurs des genêts, je goutais avec appétence les arbouses et que j’entendais crisser sous mes pas les petits cailloux trop secs des sentes, au creux des vallons.

Dépose tes doigts au creux de ma longue main décharnée, mon enfant. Presse ta tête sur mon épaule et referme tes paupières sur ces mots si légers, pour n’en rien perdre, pour qu’aucun ne s’échappe. Tu portes comme moi un nom venu d’une nation lointaine, mais entends dans le son de ma voix les chansons qui évoquent le ciel et le soleil, les amourettes au creux des futaies. Regarde comme cette mer est mienne maintenant. Regarde : je suis devenu un de ses fils. Car la mer est partage. Entends ces mots. Et si je ne puis t’offrir en héritage le parfum soyeux de la terre chaude après l’averse, la saveur du pain frais trempé dans un filet d’huile d’olive, la complainte des oiseaux de mer par temps calme, la fraicheur douce et salée des ondes limpides où il fait bon se baigner au plus chaud du midi… je puis en revanche nourrir en toi l’amour de cette belle région. C’est ici que je vis. C’est ici que tu es né.

Et je sais maintenant que tu garderas toujours en ton cœur un manque cruel si tes pas te portent un jour trop loin de notre Village. Ne l'oublie jamais Veñor. Ce village est un paradis, à l'écart de la cage qu'est le monde extérieur.
Une cage ...

.....


Les Ténèbres s’évanouissent et laissent place à un paysage tout aussi vide, mais lumineux. Beaucoup trop, même : cette lueur trop éblouissante me fait pleurer. Je me frotte alors mes yeux et, de mes mains rougies par ce sang lacrymal, je tâte ce que ma vue trouble me laisse entrevoir : des barreaux de fer rouillé qui m’assaillent. Je suis prisonnier. Dans ce rien, une cage et moi à l’intérieur. Ma vision se précise et, en jetant un coup d’œil aux alentours, je m’aperçois que je suis perdu dans une étendue de neige, sous un ciel blanc, et sous un sol de glace. Un lac gelé… La glace se briserait-elle pour me châtier ? C’est que je crus avant de me concentrer davantage sur ma prison…

Je me trouvais non seulement enfermé dans une cage de fer prête à couler dans de l’eau gelée, me condamnant à la noyade ou bien à l’hypothermie, mais il était probable que je sois déjà mort lorsque cette glace se rompra. Le plafond de la cage était parsemé de pics acérés, droits dirigés vers moi. Ce plafond qui, en un tremblement, se mit, avec une lenteur à la fois sadique et mécanique, à se rapprocher de moi, pour mieux m’écraser et me labourer. J’ai tellement peur…

Je me trouvais déjà dans un monde bourreau et pourtant, la torture se poursuivit : mes vêtements déjà légers tombèrent en une fine poussière et je devenais désormais incapable de me défendre face au blizzard qui soufflait dans ces plaines du Grand Nord. Le plafond de la cage s’abaissait toujours, et je devais déjà me mettre à genoux. Les larmes de sang revinrent…

Me baisser, de plus en plus, car le plafond serti de clous en fait de même. C’est alors qu’un phénomène étrange se produisit : dans cette atmosphère sibérienne, je sentis une onde de chaleur se propager : mon sang remua instinctivement suite à ça et mes pleurs s’intensifièrent lorsque le froid revint. Mais autre chose devait se produire suite à ça. Un bruit me fit me retourner : dans ce flou rougi, je voyais des fissures naître sous la cage…

Un goût de sang dans la bouche, cette fois-ci, sang que, par dégoût, je recrachai sur la glace : ce liquide n’était pas ordinaire puisque, immédiatement, il fit fondre là où il avait été projeté la couche qui se tenait entre la cage et l’enfer aquatique du Lac. Les lézardes se propageaient de plus en plus vite, et il me fallait désormais me contorsionner en essayant de m’allonger pour espérer encore survivre quelques secondes…

Encore et toujours du sang… J’étais si faible, j’avais si froid… Je n’avais plus la force de tenter d’échapper aux clous qui allaient transpercer ma chair. La glace va bientôt céder et, si je ne suis pas pourfendu par cette cage, je périrais noyé. Je pensais alors à l’Enfer, et me mit à trouver absurde qu’on l’imagine comme un domaine volcanique, parsemé de flammes. Cet Enfer dont je souffrais était pire encore.

« C’est ton sang qui m’a fait naître
Ta peur qui m’insuffle le désir d’être
Pourquoi te débattre si tu es mon maître ?
Je suis l’instrument de ta peur, ton propre spectre… »


Je ne vois plus… Plus que quelques instants et je serais submergé par les eaux. Je les sens déjà à mes pieds. Les clous s’approchent de ma tête, frôlent ma chevelure. Je voudrais que cela s’achève… Je voudrais mourir…

« Si c’est ton fantôme que tu crains
Pourquoi le fais-tu exister ?
Si tu as peur de souffrir
Ne souhaite pas mourir
Puisque je ne pourrais subsister… »

La Fin s’approche… Je sens les crocs de cette cage traverser mes cheveux et caresser mon crâne. L’eau se fait plus abondante sous moi…

« Si je vis, c’est pour ton réveil
Si je survis, c’est pour ton éveil
Pour un combat éternel,
Pas une nuit sans sommeil… »

Je hurle : l’étreinte de ma prison se fait sentir. Et brusquement, la glace s’effondre, et la cage tombe dans les profondeurs…

« Je sais que tu souffres,
Que tu maudis les Dieu chaque soir
Et que dans ce désespoir
Tu souhaites plonger dans son gouffre
Mais si revivre cette nuit sans cesse
Et renoncer à tout t’intéresse
Meurs donc, et je reviendrais
Je serais muet, sans aucune pitié… »

L’eau froide qui prend des teintes cramoisies au-dessus de moi lorsque je m’enfonce dans cet abysse, et le mécanisme de ce pénitencier qui ne s’est pourtant pas arrêté. C’est atroce, je veux en finir ! Pour ne plus jamais revivre un tel supplice…

_______________________
Un soupçon de clarté revint dans la chambre, les rayons de la lune caressant mes paupières endormies. Je me réveille en vitesse, sans hurlement, mais en respirant fort, scrutant les alentours : mis à part Kâhna, je suis seul, dans cette chambre, sous ma couverture. Rien d’extraordinaire, rien d’atroce, et je vais parfaitement bien : tout cela n’était qu’un cauchemar… Si réaliste pourtant…
___________________

Assis sur son trône de bois brûlé, un Démon mit fin à son poème. Il émit un ricanement et piocha une carte.

Une cage. Inviolable. Dure.
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MessageSujet: Re: Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires   Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires Icon_minitimeJeu 3 Fév - 20:39

[HRP]

Ce quatrième cauchemar traitera d'une forme de torture violente. Je vous préviens de suite, certains passages sont choquants voire immondes (Kay :p). Si vous n'aimez pas lire ce type de contenu, passez votre chemin, ce RP est plus qu'incommode. La violence et le dégout sont mis en avant, mais sachez que c'est aussi écoeurant à lire qu'à écrire. J'avais besoin de la carte "Torture", j'ai donc écrit sur ce thème. Par choix, je n'ai ni allègé mes mots ni mes scènes. Pourquoi avoir écrit des choses aussi choquantes? Parce que la torture est choquante tout simplement. Je pars du principe que lorsque l'on écrit un texte, on respecte son sujet, et on l'explicite au maximum. J'au voulu choquer d'une part, et toucher de l'autre. J'espère avoir réussi.

J'ai tout de même supprimé quelques scènes à la relecture. Pour faire simple, elles traitaient de viol. Mais ça n'a en effet rien à faire dans un écrit sur un forum. Je vous dit ça pour tenter de vous faire voir l'esprit dans lequel j'ai écrit ce texte.

Je le redis pour cloturer, je pense que seule une minorité l'aimeront. De ce fait, inutile de perdre votre temps à froncer les sourcils dessus si ce style ne vous plaît pas. Ce n'est pas une suite, donc laissez-le
tomber. Vous pourrez tres bien passer au cinquième cauchemar sans l'avoir lu.

Cordialement.

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Quatrième cauchemar.
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Mort. La Mort de cette infime gouttelette d'eau tombée du plafond rocheux de la chambre. Un souffle des eaux d'un autre monde, imbibant les draps blancs du lit perdu là, comme s'il s'agissait du cercueil d'un défunt. La chambre n'avait rien d'ordinaire : c'était davantage une sorte de petite cathédrale, avec ce lointain bruit de clocher angoissant, et cette impression que le malin est près d'ici, ses griffes déjà là à caresser son cou pâle. L'air si pesant autour de ce jeune homme, aussi pâle que puissent l'être les couvertures qui l'embaumaient dans son sommeil telles des bandelettes de momie. La brume s'engouffra dans la pièce en traversant la grille de fer forgé qui faisait office de porte. Ce haut plafond parcouru de voûtes gothiques, illuminé du regard pervers des gargouilles gardant jalousement le trésor de ces lieux... Tout en haut, dans une ombre imperceptible virevoltaient volatiles de toutes sortes : corbeaux, corneilles, chauves-souris... Le jeune homme au fond du lit dormait toujours... Et pourtant...

"Veñor ... Veñor ..."


A l'appel lancé par cette voix d'outre-tombe, Veñor se réveilla en sursaut, son regard traduisant l'horreur qu'il ressentait, ainsi qu'une certaine forme de stupeur : où était-il? Pourquoi se réveillait-elle dans pareille catacombes et pas dans sa chambre? Étrangement, il reconnaissait cet endroit, même si il ne l'avait jamais réellement visité. Non, son souvenir n'était pas né de son vivant, du moins pas totalement... Mais que faisait-il ici? Et qui donc appelait son nom? De cette voix si étrangère et si familière, si effrayante et si attirante, si angélique et si démoniaque à la fois.

"Comme une flamme brûlant dans les tréfonds", pensa t'il, tandis que soudainement la voix surgit de nouveau du silence, sans que personne ne fasse son apparition.

"Veñor... Es-tu éveillé?"

"Je suis éveillé", répondit-il d'une voix inexpressive, parfaitement neutre, sans même avoir éprouvé le désir de parler. C'était si étrange comme cette voix l'hypnotisait. Comme celle d'un amant de midi, ou du violeur de minuit. Cette voix qui savait allier domination et affection...

"Pourtant, je sais parfaitement que ce ne sont là que des mensonges", se répéta t'il dans sa tête afin de ne pas sombrer, "il me ment depuis le début, il me ment depuis le début, ce ne sont que des..."

"Veñor ! Que tes yeux cristallins contemplent la grille de ta prison : je suis ici..."


Son regard se fixa en moins de temps qu'il ne fallut pour le dire vers la grille de fer : effectivement, la voix, malgré la résonance dans cette cathédrale, lui parut provenir d'ici, mais il n'y avait personne ! Comment était-ce possible?

"Je... Je ne vous vois pas..."

"Parce que tu ne souhaites pas me voir."

"Je ne comprends pas..."

"Laisse ton être tout entier accepter ma présence. Ne me combats pas : je suis là comme nous l'étions toujours, là où chaque soir, sans le savoir, tu me découvres de nouveau."


Chaque soir, disait-il? Ainsi donc, serait-il possible qu'il ait déjà fait ce rêve auparavant, mais qu'il en avait tout oublié à son réveil? Non, cette pensée lui parut bien trop horrible pour être réelle : cet endroit était imprégné d'un vice bien trop marquant pour qu'il l'oublie. C'était un Mal présent nulle part et partout en même temps, et qui apposait ses marques dans sa chair et sa vie. Sans qu'aucun sang ne coule. Ici, les larmes étaient le seul liquide qu'il pouvait déverser. Des larmes qui perlaient déjà aux coins de ses yeux scintillants comme le frêle foyer d'une cheminée. Il sentait une présence ici, mais savait que son corps faisait tout pour lutter contre cette vérité. Ce qui rendait son interlocuteur invisible à ses yeux, mais si il désirait savoir ce qui se passait, il devait l'accepter. Convaincre chaque parcelle de sa chair de ne plus résister, de ne plus se complaire dans l'effroi : il était temps d'observer les yeux du Démon qui le harcelait apparemment depuis bien longtemps.

Il sentait son organisme se réchauffer, ses muscles se détendre. Dans la brume, un bruit de serrure, et la grille s'ouvrit ...

Trahison.

Ligottage.

Mutilation.

Souffrance.

Le bruit des pas dans le couloir se rapproche. Sa respiration s’accélère. Les liens mordent ses poignets jusqu’au sang, déchirant les chairs encore tuméfiées. À force de tirer dessus, les cordelettes dissèquent ses plaies avec la précision d’un scalpel. Les verrous de la porte grognent. La lourde grille s’ouvre lentement. Son rythme cardiaque s’emballe. Son souffle est rauque, resserré, haletant. Ses lèvres saignent sur le bâillon.

Et sous les larges bandages de qui lui maintiennent les paupières closes, il voit les heures noires et l’horreur. Il voit clair comme en un cauchemar la réalité trouble qui le guette. Il voit les coups et les insultes pleuvoir sur lui avec acharnement. Il est leur souffre-douleur, leur cobaye. Ils l’appellent ainsi. Mais s'il pouvait parler, il leur répondrait qu’il n’y a de souffre-douleur que s’il y a des salauds.Il voit la haine dans leurs yeux. Il n’est plus rien. Plus même un animal. Sinon, comment pourraient-ils. Le jet chaud et nauséabond l’atteint en plein visage. Il ne se débat plus. Sinon les coups vont le cueillir. Il le sait maintenant. Alors il cherche son souffle dans l’urine de cet homme. Il ne connait que bien peu de choses d’eux, le goût de leur urine, l’odeur de leur transpiration, la force de leurs poings. Tant qu’il n’en connaîtra pas davantage, il fonde l’espoir de sortir vivant de cette pièce.

Les coups de pied l’ont repoussé jusqu’au fond de la pièce. Les mains entravées dans le dos ne lui sont d’aucun secours pour se protéger. La douleur le vrille jusqu’au plus profond de ses chairs. Les brûlures des torches sur son corps lui ont arraché des sanglots étouffés tout à fait risibles, à en juger de l’hilarité des multiples individus venus se joindre à ses tortionnaires. Puis ça a été les coups. Une centaine peut-être. Il n’a pas compté. Il a fait le vide. Il ne veut plus, ne peut plus garder son attention sur son corps lorsque, les uns après les autres, il les sent defouler leur rage sur sa personne. Il ne souffre plus, en fait. Il s’est évanoui.

Devant ses yeux tomba un grand rideau noir. Plus rien, plus un son, plus une image, plus une seule sensation. De poupée de chair, il n'était plus que des volutes de cendre, s'envolant au loin vers un ciel sombre recouvert par les nuages. La lune se rougit au-dessus de ces cendres éparpillées, tandis que le clocher émit un ultime son qui brisa le silence funèbre de Veñor. Un son qui ressemblait aux derniers mots du Diable.

"Tu me découvres de nouveau ..."


C'est alors que Veñor se réveilla en sursaut, respirant fort, les yeux exorbités, se passant les mains sur le corps, sur son visage. Mon dieu, il était en vie ! Revenu dans cette chambre si ordinaire, si loin des catacombes. Si loin du démon et de ce qui semblait être ses hommes de main. Une chambre normale, sans aucun intrus. Juste lui... et son frère. Que s'était-il passé? Pourquoi avait-il si peur?
Mais au fait, pourquoi se posait-il toutes ces questions? Ce n'était rien de nouveau. Et pourtant ruisselait-il ainsi de sueur? A trois heures du matin. Sans doute un mauvais rêve...

"Probablement rien d'important, sinon je m'en serais souvenu", se murmura t'il avant de tenter de se rendormir.

_____________________

Assis sur un trône de bois brûlé, un démon rappela les geoliers de son antre.

"En cette nuit vous étiez précepteurs, leur dit-il, vous lui avez appris la souffrance, la honte, et plus que tout le rabais. Il sera intouchable ..."

Suit à ces mots, il piocha une carte ...

La torture. Douloureuse. Rabaissante. Inhumaine.

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MessageSujet: Re: Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires   Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires Icon_minitimeJeu 3 Fév - 20:40

[HRP] Voici le cinquième cauchemar. J'ai eu une idée concernant les cartes saisonnières, j'ai donc écrit sur cette base. Rien de particulier, si ce n'est que j'espère qu'il sera suffisament beau que pour me faire pardonner le précédent. Utilisation d'un style plus poétique, au plaisir qu'il vous plaise.

L'idée est d'associer une saison à un moment de la journée, j'espère que le rendu est plaisant. Ce texte mériterait plus le titre de "Rêve" que celui de Cauchemar, mais je n'avais pas le coeur à assombrir la note paisible sur laquelle j'ai écrit.

Bonne lecture!

[HRP]

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Cinquième Cauchemar.
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Marcher.
Cela semble si simple, si facile, si anodin. Pourtant, mon âme se sème sur les graviers que mes pas ont foulés, comme si mon esprit empruntait des faux-fuyants, m’abandonnant délibérément, et en me laissant pour seule compagne, cette solitude qui se colle à mon ombre.

Au loin, l’horizon se dessine, traçant fébrilement les flancs acérés des montagnes endormies qui contemplent mon errance en s'en chuchotant le ridicule. Derrières elles, s’endort la lune dont les blancs yeux se referment délicatement, appelant dans son sommeil, les étoiles et les songes des vivants. Etreint par les bras fous de ma raison déchiquetée, je crois entendre les susurrements mélancoliques du vent qui, de ses passages capricieux, caresse ma peau en y volant quelques larmes. L’hiver étend ses cheveux de glace sur les branches nues des arbres, figeant dans ses blancs flocons, le clair de cette lune mourante.

Continuellement brisé par le clapotement de mes pas fatigués, le silence nocturne s’étend comme cette brume dansante sous ma cape. Tout se tait. Moi-même, je respecte le mutisme et m’y noie. Bercé par le froid, épié par l’hiver, embrassé par la solitude, j’avance pour atteindre cet horizon qui me nargue, pour caresser cette lune qui m’embrase, pour toucher ses montagnes qui défient le temps.

"Veñor est un fou, qui s’est donné comme raison, de porter son être sur les cavées qui traversent le sol qui la vu naître. Pas d’or dans la bourse de l’errant, juste les diamants des perles de rosées qui tapissent l’herbe grasse d’un doux été. Pas de toit pour le pauvre être, juste le ciel dont la tapisserie changeante égaye son cœur et accompagne ses nuits. Pas de gloire pour le mendiant, juste la reconnaissance silencieuse du monde endormi qui l’entoure."

-Après tout, que me manque-t-il ? Se demanda le Veñor.
-Juste l’amour d’une fille, lui répondit la nuit…


Ainsi mourut la nuit hivernale ...



Perçant l’étoffe de velours noir, l’aube naît fébrilement étendant avec peine ses bras roses, soutenant la voûte du ciel où se diluent des couleurs pastel. Etrangement, la neige se met à fondre, bue par la terre endormie que le chant d’un printemps timide s’amuse à taquiner d’un réveil proche. Telles des fragments de cristal, les cheveux de l’hiver murmurent leur agonie dans de fragiles tintements semblables à ceux d’une cloche de verre.

Mes pieds si longtemps lourds et fatigués semblent légers et ma marche en devient moins pénible. Il me semblerait même qu’ils souhaiteraient flotter, au dessus de l’herbe qui orne le sentier. La solitude qui souillait mon ombre semble s’envoler avec ces papillons d’argent qui virevoltent amoureusement autour des ancolies léchant les racines moussues de la sylve. Mon âme répond aussi à l’écho de l’appel, un sentiment de bien-être me nourrit d’un espoir sans nom que je n’oserais étreindre. Il est là, dormant en moi comme dormait l’hiver, abreuvant mon cœur d’une force nouvelle à laquelle mon corps s’abandonne, me guidant encore plus avant.

J’avance vers ses lendemains changeants, qui naissent et meurent à mes pieds. Par moment, je me crois, seul spectateur, capable d’en apprécier les danses. Mes jours aussi chantent avec eux, mêlant leurs foulards de soie au cou du Temps qui s’écoule sans fin et qui comme moi, cavale sans aucun but. Loin devant nous, compagnon invisible, chimère de mes songes, avançons ; jusqu’au crépuscule, goûtons avec passion le renouveau et la vie apportés par cette douce saison.

-N’y a-t-il rien de plus nourrissant que l’air printanier ? Se demanda Veñor.
-Le sein blanc d’une mère, lui répondit l’aube.


Et ainsi mourut l'aube printanière ..


Le matin, lentement, se retire accompagné du ballet gracieux des pétales de fleurs, qui sous la lyre du vent estival, font tournoyer leurs dentelles roses. Après un bain d’or lumineux, le soleil, dans son char de lave, chevauche au dessus de ma tête soumise ainsi à l’assaut de ses lances feues. Se débarrassant de ma cape fatiguée, je peine à avancer. Même sous l’ombrage de la futaie, les yeux brûlant de l’astre guettent ma peau à travers le vert feuillage des arbres compatissants.

Comme il serait bon, juste un instant, s’arrêter pour goûter à cette fraîcheur sylvestre et ainsi échapper à la chaleur étouffante qui m’assaille. Sous le poids harassant de l’été, mon esprit semble s’évaporer, ma raison semble se liquéfier accompagnant ma sueur de cette saveur salée.

Cruel Zénith, me mettrais-tu à l’épreuve ? Sans faiblir, observe avec quelle ardeur, je poursuis mon errance. A chaque pas, je défie les enfers caniculaires que tu déploies résistant à la géhenne de tes morsures ardentes. Zénith, le vois-tu, j’approche bientôt de l’horizon. Ravalant ton orgueil, tu devras partager ton domaine avec le pauvre vagabond. Honteusement, le soleil devint écarlate, cherchant à décliner derrière l’ombre des monts.

-N’y a-t-il rien de plus gratifiant qu’une victoire méritée ? Se demanda le Veñor.
-Le sourire reconnaissant d’un fils aimant, lui répondit le zénith.

Et ainsi mourut le zénith estival …

Les feuilles rougeoyèrent, leurs vies aspirées par le crépuscule se levant. Le ciel se para de sa robe légère ornée de feutrines violacées qui ondulent entre les nœuds de cotons des nuages effilochés. La triste révérence des folioles empourprées effleure mon cœur dans un adieu qui m’émeut, la nature s’incline à ma mort qui m’attend patiemment au bout du chemin.

Pieds blancs sur le tapis auburn de l’automne, corps asexué d’enfant, elle me regarde de ses yeux aveugles, un doux sourire esquissé sur ses lèvres blanches. Mes forces m’abandonnent sans que je puisse protester. Chancelant, elle m'accueille entre ses bras fins et m’allonge à ses côtés. Ses caresses sont maternelles et d’une voix fragile, elle ne cesse de me répéter ô combien elle sait, toutes la souffrance que j’ai enduré.

-Je serais là, murmure-t-elle à Veñor, te guidant sur le chemin menant à l’horizon. Moi qui t’ai toujours suivie, prends ma main et laisse moi te conduire là-haut.

Mes doigts dans les siens, le regard au loin, j’observe les derniers fragments de ma vie se suspendre sur ce ciel qui s’éteint, pendus à la toile du vide que j’essayais d’atteindre en vain. Pourtant dans mon cœur qui doucement s’endort, je sens comme une douleur qui me ronge et m’étreint.

-Moi, qui ai apprécié le monde à sa juste valeur, qui garde en souvenir les milles teintes du ciel, je ne comprends pas qu’à l’aube de ma mort, le vide et le manque me tiraillent encore... murmura Veñor.
-La réponse est simple, Veñor, à trop vouloir goûter au monde, on en oublie les hommes, lui répondit le crépuscule…

Et ainsi mourut Veñor ...


Je me reveillais, une sensation étrange dans le ventre. Ce cauchemar venait de me laisser une trace plus cuisante que les précédents ...
La trace d'une personne proche sans que je ne l'aie connue ...
La trace de ma mère ...

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Assis sur son trône de bois brûlé, un Démon piocha quatre cartes.

L'Hiver. Glacial. Blanc. Enneigé.

Le printemps. Lumineux. Délivrant.

L'été. Chaud. Sec. Radieux.

L'Automne. Morne. Prémonitoire.

Morte.

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MessageSujet: Re: Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires   Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires Icon_minitimeJeu 3 Fév - 20:40

[HRP] J'ai adoré écrire le cinquième, j'ai donc suivi le même schéma pour ce sixième cauchemar. À condition que nous puissions encore parler de cauchemar. Toujours cette même mort à la fin, mais plus d'horreur. Le septième sera plus "horrible", soyez-en certain. Smile
Les cartes à partir de maintenant n'interviendront plus dans le rp des huit commandements.

Bonne lecture.

[HRP]

____________________
Sixième Cauchemar
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Le fleuve est beau ce soir. Il court encore, sous le regard de la lune. Elle l’éclaire avec majesté, l’accepte dans la nuit dont elle est reine. Elle est paisible, d’ailleurs, la nuit. Le calme l’environne, le bruissement des feuilles. Personne, juste le vent, les étoiles et le fleuve. Il est beau ce soir.
Je l’observe depuis le pont, sa course me fascine. L’eau m’attire, j’aimerais être un des poissons qui s’y délectent, nageant, vivant. Parfois, il y en a un qui saute, et les rayons de l’astre céleste font miroiter sur ses écailles sa lumière divine. J’ai peur qu’il ne crève le ciel tant il saute haut, mais il finit par retomber. Je suis soulagé, je n’aime pas que des poissons quittent le fleuve. Ca fait mal.
J’ai enjambé les pierres. Je l’entends qui m’appelle. Le fleuve n’est plus aussi paisible ; il gronde, ses embruns me brûlent et j’ai froid. Sa puissance se révèle, elle m’attire, j’ai envie d’y plonger, j’ai envie de sauter avec les poissons. L’eau crie mon nom et je l’écoute. Je suis penché, la fascination m’entraîne. Je crois que j’ai lâché, je ne sens plus la pierre un peu rugueuse sous mes doigts. Et le fleuve vient à moi.
Il est beau ce soir. Et l’eau est glacée.
Le courant me transperce de ses lames et je l’inonde de mes larmes. Pourtant, le plaisir m’étreint, m’envahit et je hurle ma jouissance. Bientôt la douleur est trop intense. Je saute.
L’air me frappe et m’étire. Je n’arrive plus à respirer. Pourtant j’en ai besoin. Il me faut de l’air. De panique, je donne un coup de nageoire. Je suis un poisson.
Je retombe dans l’eau qui m’accueille de ses baisers et de son poignard. Je suis enlacé et transpercé. L’amante voluptueuse et la meurtrière à la lame acérée. Je t’embrasse quand tu me noies. Alors je saute.
A nouveau je n’arrive pas à respirer. Je vais de plus en plus haut, je vois les étoiles. J’ai si peur de crever le ciel. Mais je sais qu’il y aura de l’air là-haut. Alors je frappe les astres et je déchire la voûte céleste. Je m’ébats dans l’espace infini, je lutte contre le Temps et je vole. De là, je vois le fleuve.
Il est beau ce soir, mais il ne m’importe plus. J’ai atteint le paradis. Je flotte sur les nuages et mon corps exsangue récupère sa vitalité dans l’immensité de l’éther. Je frétille de plaisir, je suis si haut. En contrebas je vois le ciel qui déjà se referme sur la brèche que j’y ai creusée. Et le fleuve disparaît. C’est dommage, il était beau ce soir. Et je ne le reverrai jamais plus. Voilà ce qu’il en coûte de crever le ciel.

Je me réveille en sursaut. Ce qui semble être devenu une habitude ...
Je suis trempé. De sueur. Mes cheveux collent à mon front ruisselant. Je me souviens de cette eau ... De ce ciel ...

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Assis sur un trône de bois brûlé, un démon scrute les cieux.

"Les astres sont trompeurs" murmurure-t-il entre ses dents.

Il tire une carte du paquet.

L'eau. Invincible. Attirante. Irrésistible. Mortelle.
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MessageSujet: Re: Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires   Prémices des huit commandements : Les huit cauchemars prémonitoires Icon_minitimeJeu 3 Fév - 20:41

[Nothing to say ...]

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Septième Cauchemar
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Il prit soudainement conscience de ce qu’il voyait, comme s’il se réveillait à l’instant. Mais il n’avait pas dormi, son esprit s’était fermé, simplement. Il était resté là, sans rien penser, amorphe, la figure posée sur la glaise humide.

Des centaines d’étoiles autour de lui brillaient dans la clarté métallique de son antique lampe à huile. Il sentait l’odeur âcre de l'acétylène, et cela lui faisait comme un goût de sang dans la bouche. Mais ce n’était que l’argile gorgée de fer qui recouvrait ses dents.

Les éclats de lumière bougeaient lentement. Les gouttes qui se formaient sur la paroi ocre et qui renvoyaient dans ses yeux des éclairs froids, tombaient doucement, emportant avec elles chaque fois un morceau d’éternité, et tout cela pour lui tourbillonnait, il ne voyait plus que ces éclairs permanents dont chacun lui faisait mal comme une flèche, et le rythme s’accélérait, il sentait dans son cou le sang battre au rythme de son cœur affolé, il transpirait, il avait froid. Il ferma les yeux. Mon Dieu que c’était simple ! Fermer les yeux, respirer, s’évader.

Il se revoyait quelques heures plus tôt. Le soleil était déjà haut dans le ciel quand il était arrivé au bas de la colline. Les cigales vrillaient de leurs cris stridents l’atmosphère toute chargée des senteurs des pins. On avait l’impression que la moindre étincelle ferait s’embraser toute la forêt tellement l’air était gorgé de l’essence des arbres. Au fond à droite, les pics déchiquetés d'Astaegan brillaient sous la lumière sans pitié ; au-dessus une légère brume semblait se dégager, brouillant le regard, comme si la pierre elle aussi s’évaporait sous la chaleur de l’heure.

Le froid avait gagné tout son corps. La douleur qui l’avait fait crier quelques moments plus tôt, ou quelques heures plus tôt, il ne savait plus, quand il avait heurté la roche de son coude dans un effort de tous ses muscles pour se relever, avait envahi tout son bras. Chaque mouvement de ses doigts lui arrachait un gémissement. Mais c’était du bruit. Et cela le réconfortait. Il se mit à parler tout haut, il n’avait plus la force de crier, mais il pouvait parler.

"Des horizons soyeux posés sur du velours,
En lettres inconnues chuchotées dans la flamme
Des échanges fougueux itinérants l'amour.

Appose là, le sceau de tes encres de fées
Dérivant sur la fleur des envies buissonnières.
Le miroir aux échos renvoie l'ombre floutée
Du désir passager dans l'onde passagère."

Non, ce n'était pas ça. Il se trompait toujours sur ce passage. C'était "voyageur". Il essaya de reprendre.

"Du désir voyageur dans l'onde passagère.

Laisse glisser tes doigts le long de mon échine
Frissonnante et ravie au clos des abandons,
Et grave au feu ta loi, dans l'humeur baldaquine
Qui sculpte l'infini au bord des évasions ..."

Mais il n'en pouvait plus. Il était fatigué. Quelle était la suivante déjà qu’il avait apprise ?

Il abandonna, et le silence encore une fois le recouvrit. Il avait mal à la tête. Il ferma les yeux.

Le sentier s’ouvrait à gauche entre deux buissons. Pas plus large que le passage d’un sanglier, il montait la pente sans prendre le temps de reposer celui qui l’empruntait. Chargé de tout son matériel il avait peiné pour vaincre l’emprise des vinencres qui s’agrippaient à ses jambes comme pour l’empêcher de pénétrer dans leur domaine. Les pierres roulaient sous ses pas, et deux ou trois fois il s’était retrouvé le genou à terre pour éviter de perdre l’équilibre. L’ombre des arbres, si elle cachait le soleil, ne tempérait d’aucune manière la canicule, et la sueur coulait sur ses yeux, irritant de sa saveur salée la commissure des ses lèvres.

Il sentait sur ses jambes les tiges progresser inexorablement. Utilisant leurs aiguillons recourbés comme autant de grappins, elles partaient à l'assaut de tout son corps, l’enserrant comme une armure végétale, gagnant son torse, son cou, sa tête. Et il sentit tout à coup qu’elles resserraient leur étreinte, comme si elles voulaient briser ce corps immobile, coincé, à leur merci. La respiration lui manqua, et il se réveilla dans un sursaut qui lui fit heurter violemment le plafond du passage dans lequel il était couché. Rien. Il n’y avait rien sur lui, pas de vinencres pas de créature hostile, non, il était seul, toujours seul, et il se prit à regretter que le monstre végétal qu’il avait rêvé ne fut pas là en réalité. Il était seul. Il avait encore la sensation de sentir sur son visage couler le sang provenant des endroits où les aiguilles de la plante s’étaient enfoncées dans son front. Il sentait le liquide sur sa face gagner petit à petit sa bouche sans qu’il ne puisse rien faire. Le liquide arrivait sur ses lèvres, il était salé. Il se rendit compte alors, désespéré, qu’il pleurait.

Soudain, prenant sa respiration, il força sur ses bras, de toutes ses forces, tout en tentant de soulever son corps, de faire reculer ses pieds. Mais celui-ci resta immobile, coincé. Il redoubla d'efforts, en vain. Tout à coup, ses mains glissèrent sur l'argile. Sa tête retomba brutalement, la bouche ouverte sur un cri de rage, et la terre lui entra dans les narines, les yeux, la bouche.

Emportée par le mouvement, sa main gauche percuta la lampe qu'il avait posée devant lui. Elle oscilla doucement, et déséquilibrée, se coucha et commença à rouler hors de sa portée. Il retint son souffle, craignant que la flamme ne s'éteigne, que la lampe n'aille jusqu'en bas. Il ferma les yeux.

Il n’avait plus la force de parler. L’obscurité était totale. Il était seul.

C’est un bruit régulier qui explosait dans sa tête qui le réveilla. Il avait froid. Il lui fallut un moment pour se rendre compte que c’étaient des gouttes qui tombaient, régulièrement, sur son casque. Il se concentra sur ce bruit, le seul qui restât avec les battements sourds de son cœur qui résonnaient dans la cavité, et qui prenaient le même rythme que l’eau qui coulait de la pierre. Les gouttes se formaient à l’extrémité d’une toute petite stalactite. Dans le noir, elles semblaient naître de la roche elle-même. D'abord, une légère humidité, puis elles prenaient petit à petit forme, s’arrondissaient, s’étiraient, et dans un soupir se détachaient de la calcite, comme à contrecœur.

Le rythme s’était ralenti. Une dernière goutte oscillait, comme si elle hésitait. Puis, soudainement, elle disparut, absorbée de nouveau par la roche.

---

La fin de l'après-midi approchait. Le lézard vert qui avait l'habitude de se chauffer au soleil sur la grande pierre à côté du trou osa s'avancer. Il en était resté éloigné jusqu'à maintenant, trop de bruits inquiétants provenaient des entrailles de la Terre. Mais le silence semblait être revenu. Prudemment, il s'avança sur le bord, gêné par les fils d'acier et de corde qui étaient posés sur le sol. Il resta un long moment, le cou étendu, la tête au-dessus du vide. Ce n'est que quand il fut sûr que pas un bruit ne provenait de l'obscurité, qu'il recula et s'allongea sur la pierre chauffée par le soleil. Il serait bientôt le temps de la chasse.

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Le reveil est rapide. Comme d'habitude. J'arrive au bout. Plus qu'un cauchemar ...

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Assis sur un trône de boid brûlé, un démon tire une carte.

Le piège. Invisible. Impardonnable.
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